Dans le discours public sur la criminalité, on accorde souvent plus de place aux auteurs qu’aux victimes. Pourquoi en est-il ainsi et à quoi sert la loi sur l’aide aux victimes d’infractions sont des questions que nous avons posées à Pia Altorfer du service de conseil d’aide aux victimes de Berne et Bienne.

La loi sur l’aide aux victimes d’infractions (LAVI) a été acceptée il y a 25 ans avec 82% de oui. Une voix claire en faveur des victimes, qui, aujourd’hui encore sont trop souvent dans l’ombre des auteurs. À tort, selon Pia Altorfer, responsable du Service d’aide aux victimes de Berne et Bienne.

Madame Altorfer, pourquoi les auteurs sont-ils davantage au premier plan que les victimes?

Le code de procédure pénale suisse, déjà, se concentre principalement sur les auteurs. Ces derniers ont par exemple droit à un avocat de la première heure. Pas les victimes. Etant donné que l’on donne davantage de place aux auteurs, on parle automatiquement plus d’eux. Des efforts sont entrepris pour corriger ce déséquilibre, mais il y a encore beaucoup à faire.

Comment soutenez-vous les victimes?

L’aide aux victimes propose un conseil juridique et psychologique gratuit aux personnes concernées. Nous les accompagnons dans la procédure pénale et fournissons si nécessaire de l’aide matérielle, sous forme d’aide immédiate grâce à laquelle elles peuvent, entre autres, payer un hébergement d’urgence, les premières séances de thérapie ou un avocat.

Le soutien financier est fourni de manière subsidiaire, c’est-à-dire lorsque les coûts ne sont pas pris en charge par les institutions telles que les assurances. Ainsi, les victimes ont par exemple droit à un remboursement de la participation aux frais ou de la franchise. Si l’aide immédiate est épuisée, les personnes intéressées peuvent adresser une demande d’aide à long terme à la direction de la santé publique et de la prévoyance sociale. Nous fournissons aussi des conseils concernant les demandes d’indemnisation et de réparation morale.

Toutes ces prestations sont réglées par la loi d’aide aux victimes d’infractions, dont l’acceptation il y a 25 ans a largement contribué à améliorer l’accès des victimes à leurs droits.

Qui peut prétendre à l’aide aux victimes?

Toutes les personnes qui, du fait d’une infraction selon la LAVI, ont subi une atteinte à leur intégrité corporelle, psychique ou sexuelle. Il s’agit par exemple de victimes d’actes de violence, de graves menaces ou de contrainte. Les victimes d’accidents de la circulation ont elles aussi droit à l’aide aux victimes. Même si une personne n’est que légèrement blessée à la suite d’un accident de la circulation, une annonce de victime est utile. Car une légère blessure corporelle peut engendrer plus tard des problèmes non prévisibles, plus graves.

Sans annonce de victime, nous ne pouvons pas contacter les personnes intéressées en temps opportun. Si elles nous contactent trop tard, il peut, selon la situation, devenir compliqué de négocier avec les assurances; notamment quand la responsabilité n’a pas été reconnue et que le délai pour une dénonciation est écoulé.

Outre les personnes directement concernées, nous soutenons aussi les membres de familles qui ont perdu un enfant ou un conjoint à la suite d’un acte de violence et celles qui ont besoin d’un soutien juridique ou psychologique à la suite d’un acte punissable à l’encontre d’un proche.

Quels sont les plus grands défis auxquels vous êtes confrontée dans votre travail?

Il peut parfois être difficile d’évaluer qui a droit à l’aide aux victimes et qui n’y a pas droit. Lors d’une bagarre, on ne sait pas d’emblée qui est l’auteur et qui est la victime. Cela ressort seulement au cours de la procédure.

Il est délicat d’expliquer à une personne qu’elle n’a pas le droit à l’aide aux victimes. Surtout lorsqu’elle a vécu des événements graves et qu’il ne s’agit pas d’une infraction relevant de l’aide aux victimes.

Un tiers de vos cas sont liés à la violence domestique. Comment gérez-vous le fait que certaines victimes retournent vers l’auteur?

Même si nous ne pouvons pas le comprendre, les personnes qui retournent ont toujours une bonne raison de le faire. Qu’il s’agisse d’espoir, des enfants ou de motifs existentiels matériels voire de crainte de l’inconnu.

Il est essentiel de leur montrer qu’on les prend au sérieux. Il faut les motiver à croire en elles-mêmes, qu’elles peuvent parvenir à changer la situation. Lorsqu’elles sautent le pas, nous voyons régulièrement qu’elles s’y prennent bien.

Comment vivez-vous la collaboration avec la police cantonale bernoise?

Nous avons un bon échange, coopératif. Qu’il s’agisse de questions concernant une annonce de victime ou lorsque nous demandons conseil aux services spécialisés. Etant donné que nous sommes tributaires des annonces de victimes, la compréhension mutuelle entre la police et l’aide aux victimes est essentielle.