La violence sexuelle est l’une des pires formes de violence. Le modèle bernois vise à ce que les victimes bénéficient d’une aide rapide et professionnelle, tant sur le plan médical que juridique.

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La violence sexualisée reste très répandue, malgré les mesures de sensibilisation et le mouvement MeToo. Il y a 35 ans, le canton de Berne a créé pour les femmes et les filles une offre basée sur une mise en réseau efficace: le modèle bernois. Nicole Fernandez-Vogt, collaboratrice responsable des délits sexuels à la Police cantonale bernoise, nous explique en quoi consiste ce modèle.

Qu’est-ce que le modèle bernois?

Le modèle bernois est une instance qui propose d’assister avec un maximum d’efficacité et de professionnalisme les femmes et les enfants ayant subi des violences sexuelles. Il repose sur trois grands principes:

  • des soins médicaux complets et la préservation de preuves sans devoir de dénonciation;
  • l’accompagnement par des professionnels de sexe féminin;
  • la coopération institutionnalisée.

Dans le cadre du modèle bernois, les femmes et les enfants peuvent bénéficier d’un examen médical à l’Hôpital de l’Île. L’Institut de médecine légale peut quant à lui procéder à un relevé des traces sans que cela oblige pour autant à informer la police ou à engager des poursuites pénales. Les personnes concernées bénéficient d’un traitement médical et peuvent ensuite décider de porter plainte. En outre, le principe «par des femmes pour des femmes» garantit que des professionnels de genre féminin assurent la prise en charge des victimes à tous les niveaux.

Qui est à l’origine du modèle bernois?

Le modèle bernois existe grâce à la collaboration interdisciplinaire entre plusieurs institutions organisées en réseau. Les services de gynécologie, d’infectiologie et de médecine légale y sont représentés, mais aussi le groupe de protection de l’enfance, le service d’aide aux victimes d’agressions sexuelles Lantana, le service d’aide aux victimes de violence sexuelle et domestique Vista, le service d’aide aux victimes de Bienne ainsi que la police, qui coopèrent avec le ministère public. Au total, nous sommes neuf personnes qui se réunissent au moins quatre fois par année.

Chaque année, l’instance organise une formation continue commune pour les collaboratrices des institutions affiliées au modèle bernois.

Comment la police encourage-t-elle le modèle bernois?

La plupart des victimes de violences sexuelles qui se présentent à la police sont des femmes. Pour que l’accompagnement par des professionnels de sexe féminin puisse toujours être assuré, nous disposons d’un service de piquet féminin. Il est composé de policières spécialisées au bénéfice d’une longue expérience professionnelle ayant l’habitude de prendre en charge des victimes.

Grâce au service de piquet féminin, nous veillons également à ce que les victimes bénéficient d’un conseil juridique adéquat. Face à de tels délits par exemple, il ne faudrait pas s’empresser de renoncer à demander réparation du tort moral et à engager une action en dommages-intérêts. En outre, comme il n’est pas toujours possible de présumer que les actes sexuels non désirés sont actuellement une infraction poursuivie d’office, il faut toujours vérifier la nécessité d’un éventuel dépôt de plainte par la personne lésée. Dans les cas où la victime n’a pas pu se défendre physiquement notamment, il se peut que seul un harcèlement sexuel soit finalement reconnu. C’est précisément sur ce point que la révision du droit pénal sexuel pourrait apporter un changement positif.

Pourquoi cette collaboration est-elle si importante?

La collaboration entre les différents services est précieuse pour de nombreuses raisons. Les échanges nous permettent de reconnaître et de comprendre les besoins mutuels, ce qui nous permet ensuite d’optimiser nos processus. Du point de vue de la gynécologie et de l’infectiologie, nous savons par exemple que certains médicaments (prophylaxie contre le SIDA, «pilule du lendemain») doivent être pris dans un laps de temps bien défini après l’infraction et pour ce qui est de la médecine légale, que le GHB (une drogue typiquement utilisée par les violeurs) n’est détectable que pendant quelques heures dans le sang, l’urine ou les vomissements. C’est pourquoi les soins médicaux et le relevé des traces dans les 72 heures sont une priorité absolue avant l’audition approfondie. Si une dénonciation à la police intervient dans ce laps de temps, les personnes concernées sont donc d’abord emmenées à la clinique gynécologique ou pédiatrique à Berne. En résumé, la collaboration institutionnalisée et les échanges réguliers sont essentiels pour la meilleure prise en charge possible des personnes concernées.

Si le modèle bernois ne peut empêcher les abus, notre engagement permet toutefois aux victimes de bénéficier d’une aide professionnelle dans le canton de Berne après l’infraction, de se sentir comprises et de trouver un moyen de faire face à ce qu’elles ont vécu.

Services d’aide pour les victimes